Un appartement pour une poignée de dollars


Un vent chaud souffle sur Paris. Des sacs en plastique et quelques feuilles mortes volent dans les airs. Je rabats ma cape-poncho à imprimé aztèque. Mon stetson en feutre dernier cri protège mes cheveux de la poussière.

N°38, 40, 42, 44… J’approche du but. Plus que quelques numéros et j’y serai enfin. C’est alors que j’aperçois une silhouette plantée devant l’immeuble qui m’intéresse. Oh non ! J’étais sûre d’arriver en premier. Elle est en train de taper dans la porte comme une brute pour tenter de forcer l’ouverture. Je m’avance doucement en roulant une cigarette. La fille, plutôt costaude, lève les yeux vers moi. Je lui jette un regard de défi en la contournant. Elle ne bouge pas mais surveille avec méfiance mes moindres gestes. Soudain, j’entends un bruit derrière moi. Je me retourne et je découvre une autre inconnue qui nous fixe avec un air menaçant. Elle a un visage aiguisé, marqué par la méchanceté. Je recule tout doucement de quelques pas sans ouvrir la bouche. Je glisse ma main sous ma cape. Les deux filles se crispent. Je prends mon temps pour la ressortir. Leurs yeux s’écarquillent. Elles sont sur leur garde, prêtes à réagir si les choses tournent mal. Je dégage ma main et elles y voient… un briquet. J’allume ma cigarette, je souffle ma fumée calmement et je les regarde l’une après l’autre. La fille contre la porte se dégage violemment. Elle semble sur les nerfs. Il ne lui en faudrait pas beaucoup pour qu’elle me saute dessus et qu’elle me frappe.
« Ce n’est pas comme ça que tu auras ce que tu veux, lui dis-je d’une voix posée. »
Elle grogne. Je commence à reculer, sans perdre des yeux mes deux adversaires. Elles observent ma manœuvre sans ciller. Une fois que je suis assez loin, je m’arrête. La fille au regard mauvais se déplace à son tour. Elle va s’installer à quelques mètres plus loin, tout en nous surveillant. La troisième recule également doucement. C’est alors que nous nous retrouvons, au milieu de cette rue déserte, à égale distance les unes des autres. Un corbeau se met à croasser. Une bourrasque de vent manque de faire s’envoler mon chapeau, mais par chance, il reste cloué sur ma tête. Je jette un œil à une fille, puis à l’autre. Elles sont aussi aux aguets. Je distingue vaguement leurs fronts qui se plissent. Le soleil est bas et il m’aveugle. Je fronce les sourcils pour m’empêcher de cligner des yeux. Je ne peux pas me permettre d’avoir une seconde d’inattention. Le rythme de mon cœur s’accélère. Je repousse doucement ma cape, puis je tends mon bras le long de mon corps. Ma cigarette, bloquée au coin de mes lèvres, se consume peu à peu. Je rapproche légèrement ma main de ma ceinture. Les deux autres en font de même. Le corbeau piaille de plus en plus fort. Je sens une goutte de sueur perler sur mon front. Je frotte mes doigts les uns contre les autres pour les dégourdir. La fille au regard méchant caresse sa ceinture. L’autre passe sa langue sur sa lèvre inférieure. Ses yeux sont exorbités. Ma main se dirige encore davantage vers ma ceinture. J’inspire…
« Vous venez pour visiter l’appartement mesdemoiselles ? »
Nous sursautons toutes les trois et découvrons, à quelques mètres de nous, un homme avec des clés dans une main. Je jette ma cigarette d’un coup sec. Mes adversaires sont déjà en train d’entrer dans l’immeuble avec l’agent immobilier. Je les suis.

Vingt minutes plus tard, nous ressortons toutes les trois de l’immeuble. La fille au regard méchant part rapidement, sans dire un mot. L’autre se met à beugler :
« Garce ! Comment tu as fait ? »
Je m’avance tranquillement vers elle. Je finis de rouler une cigarette et je la coince dans ma bouche. Je repousse légèrement mon chapeau et je lui dis :
« Et bien, tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un dossier de location chargé et ceux qui rament. Toi, tu rames. »

Vous avez aimé ce texte ? Votez pour Cam’ dans un film aux Golden Blog Awards !

Cam' dans un film

____

Un texte inspiré de…

Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND (IL BUONO, IL BRUTTO, IL CATTIVO) – 1968

Genre : western spaghetti
Réalisateur : Sergio Leone
Scénaristes : Luciano Vincenzoni, Furio Scarpelli, Sergio Leone, Agenore Incrocci, Sergio Donati
Avec : Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cleef…
Bande originale : Ennio Morricone

Pour en savoir plus :
Voir la bande-annonce du Bon, la Brute et le Truand
– Pour re-découvrir la scène finale du film qui a inspiré ce texte, c’est ici !
– La fiche technique du film sur Allociné
– Ecouter la bande originale mythique signée Ennio Morricone sur Spotify
Toutes les infos sur la Trilogie du dollar de Sergio Leone
Le western en musique

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s