La Route qui mène au Dernier Bar avant la Fin du Monde

Le soleil caresse ma peau. Je me retourne dans le lit et je me rapproche de toi. Je sens la chaleur émaner de ton corps. Ton souffle régulier me rassure. La lumière devient de plus en plus éblouissante…

Je me réveille en sursaut et me redresse d’un coup. Il fait un froid glacial. L’obscurité m’enveloppe. Tu as disparu.

Mon estomac me fait atrocement mal. Je ne sais plus à quand remonte la dernière fois que j’ai mangé quelque chose. Je pose les mains sur mon ventre, puis je remonte lentement vers ma poitrine. Toutes mes formes de femme ont disparu.

Il ne faut pas que je traîne. Je ne peux pas rester trop longtemps au même endroit. Ils risqueraient de me trouver. Je rassemble mes quelques affaires et je quitte la voiture abandonnée qui m’a servi de refuge pour la nuit. Dehors, l’air sent la mort. La poussière colle à mes guenilles crasseuses. Le vent me gèle les os. Toutes les couleurs ont disparu pour laisser la place à un gris uniforme et sinistre. Paris est un champ de ruines, vide de toute vie. Ou presque. Je préfère ne pas croiser celles qui ont été épargnées.

Je ne sais plus très bien pourquoi je m’entête à survivre. Peut-être parce que je te l’ai promis. Ou parce que j’ai seulement peur de me laisser partir.

C’est alors que je me rends compte que je suis sur la place du Châtelet. Face à moi, les grandes affiches rouges déchiquetées de West Side Story flottent dans les airs. Je m’approche du bâtiment en surveillant les alentours. Le silence règne. Un souvenir me revient alors. Je contourne le théâtre pour atteindre la rue derrière. J’essaye d’accélérer le pas, malgré le piteux état de mes chaussures et les forces qui me quittent peu à peu.

L’enseigne ironique se dresse devant moi : le Dernier Bar avant la Fin du Monde.

La porte semble intacte. Je sais que je ne devrais pas entrer, mais la curiosité l’emporte. Je vais juste jeter un œil et je m’en vais. La porte grince quand je la pousse. Je la referme doucement derrière moi.

A l’intérieur, il fait noir. Je fouille dans ma poche pour trouver mon briquet. Une petite flamme en sort. La fin approche. Au-dessus de ma tête, un panneau décomptant le temps restant à vivre indique zéro. En face de moi, un escalier descend. Je m’y engouffre. Une étrange odeur plane dans l’air. Les parois sont humides. Cela fait longtemps que je n’ai plus eu cette sensation. Il faut que je fasse demi-tour, mais mes pieds sont irrémédiablement entraînés vers le bas. J’arrive à un premier palier. L’escalier continue. La flamme de mon briquet s’amenuise. Curieusement, l’air se réchauffe. Je poursuis ma descente. Il me semble voir un filet de lumière en bas. Tout à coup, mes pieds s’emmêlent. J’essaye d’agripper quelque chose, mais c’est trop tard. Je déboule dans les escaliers, déclenchant un vacarme infernal, et j’atterris violemment contre un mur.

Tout mon corps tremble. Je sens un goût de sang dans ma bouche. Je me recroqueville sur moi-même et j’attends. Silence. C’est alors que je me rends compte que ce n’est pas un mur qui a ralenti ma chute… c’est une porte blindée ! Et je n’avais pas rêvé, il y a bien de la lumière derrière. Le temps que je réalise ce que cela signifie, j’entends des bruits de pas approcher. Ils sont plusieurs. Fuir. Je me redresse. Mon genou lâche. La porte s’ouvre. La lumière m’aveugle. Une main m’attrape. Je me mets à hurler et à me débattre de toutes mes forces. D’autres mains s’emparent de moi et m’attirent vers la lumière. Elles me maintiennent fermement, de sorte que je ne puisse plus bouger. L’une d’entres elles saisit ma tête pour que j’arrête de la secouer et que je ne puisse pas les mordre. Un visage s’approche de moi et je croise un regard… Ces yeux… Ces yeux ne sont pas vides. Ils ne me regardent pas comme un bout de viande. Je vois des cartes à jouer au sol. Et au fond de la pièce, une jeune fille déguisée en princesse me sourit. Je réalise alors qu’ils ne vont pas me dévorer. Je ne suis pas la seule survivante à avoir gardé une flamme d’humanité en moi : les geeks aussi ont échappé à la fin du monde !

Et, au-dessus d’eux, leur protecteur veille…

Cam' dans un film

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Un texte inspiré de…

La Route, John Hillcoat LA ROUTE (THE ROAD) – 2009

Genre : science-fiction, drame
Réalisateur : John Hillcoat
Scénaristes : Joe Penhall d’après l’œuvre de Cormac McCarthy
Avec : Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce, Charlize Theron…
Bande originale : Nick Cave, Warren Ellis

Pour en savoir plus :
Voir la bande-annonce de La Route (qui ne reflète pas vraiment l’esprit du film)
– La fiche technique complète du film sur Allociné
– Ecouter la bande originale de La Route sur Spotify
– Si ce n’est pas déjà fait – et que vous avez le moral en ce moment – plongez-vous dans le sublime bouquin de Cormac McCarthy qui a inspiré le film : extraits
– Envie de voir un film post-apocalyptique ? Voici la sélection de Vodkaster


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