The Deuce : certains l’aiment chaud

The Deuce, c’est le petit nom de la 42e rue de Manhattan, entre Broadway et la 8e avenue, à quelques pas de Times Square. Aujourd’hui, vous pouvez vous y balader pépouze après avoir vu Cats ou avalé trop de burgers chez Shake Shack. Au début des années 1970, le décor était légèrement différent. Alors que Rudolph Giuliani entrait au bureau du procureur fédéral, le cœur de New York était encore tout ce qu’il y a de plus sulfureux. Sur les trottoirs de la 42e, vous auriez pu rencontrer prostituées et maquereaux, mafieux et escrocs, peepshows et hôtels de passe. C’est ce décor, ou plutôt cette facette de l’Amérique qu’a choisie d’explorer David Simon dans un de ces récits anthropologiques sur petit écran dont il a le secret.

Une galerie de personnages…

La série The Deuce raconte l’essor de l’industrie du porno au début des seventies. Tel est le pitch annoncé. Mais cela met du temps à venir. Il faut en effet quelques épisodes avant de retrouver le cœur du sujet. On le sait, avec David Simon et son compère George Pelecanos (co-créateur de la série), mieux vaut être patient. Les amateurs de rythmes effrénés et de scènes d’action endiablées n’ont qu’à passer leur chemin. Dans The Deuce, hormis la BO funk vitaminée, l’action a lieu dans les dialogues, dans le quotidien d’une palette de personnages made in Simon.

Terriblement humains, ils déambulent sur la 42e, se croisent, se connaissent, se rencontrent, discutent un peu ou beaucoup, repartent chacun de leurs côtés ou ensemble, se débattent, se frappent, s’engueulent, se réconcilient… Bref, ils vivent leur routine. Certains la bousculent pour tenter de ne pas plonger « way down in the hole », d’autres s’y enfoncent. Et même si l’on ne retrouve pas forcément la puissance narrative et immortelle du Omar Little de The Wire, la galerie d’humains racontés ne nous laisse pas en reste : de Candy (Maggie Gyllenhaal), la prostituée indépendante qui voit le vent tourner, à Abby (Margarita Levieva), l’étudiante en rébellion avec sa famille bourgeoise, en passant par le flic compréhensif (Lawrence Gilliard Jr.) ou le mafieux qui rançonne le quartier (Michael Rispoli). Sans oublier, bien sûr, ces dames (Dominique Fishback, Emily Meade…) et leurs proxénètes (Gbenga Akinnagbe, Gary Carr, Method Man…) qui, en nous laissant entrer dans leur intimité, nous font passer par à peu près toutes les émotions.

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A croire que le seul qui n’apporte finalement pas grand-chose, si ce n’est son sourire ravageur, se trouve en tête d’affiche. Avec son double rôle de Vincent/Frankie Martino, James Franco fait certes le liant entre les différents protagonistes, mais c’est l’un des seuls personnages ne portant pas la signature de David Simon, à savoir (pour caricaturer) : personne n’est tout noir ou tout blanc, les apparences sont trompeuses, ne vous y fiez pas…

A l’opposé de Franco, la parfaite Maggie Gillenhaal occupe tout l’écran. Une femme, pour les gouverner tous ? La suite, nous le dira peut-être. Reste que, dans cette saison 1, les corps des femmes se marchandent sur le strip et dans des cabines de projection privées. Car, oui, derrière le David Simon dramaturge, le David Simon journaliste est toujours bien là. Avec son regard critique et politique sur une Amérique en train de se construire, piétinant au passage ceux qui ne parviennent pas à s’adapter.

… Avec la rue en son cœur

Autre signe distinctif du David Simon journaliste, la reconstitution bluffante de la Big Apple des années 1970, et en particulier de la 42e rue avec son effervescence et sa violence. Autant de soin y est apporté qu’à l’écriture des personnages. Tiens, d’ailleurs, il se pourrait bien que la rue soit le personnage principal. Cette rue, ces scènes de rue si chères au créateur de The Wire. De Baltimore à New York City, c’est dans la rue que tout commence et tout fini. The Wire s’ouvrait sur un dialogue entre le flic McNulty et le potentiel témoin d’un homicide en pleine rue. The Deuce se termine avec une scène quasi identique, les derniers mots de Franco agissant en miroir du « C’est l’Amérique, mec » de The Wire : « C’est The Deuce, ici ». Comme un écho. La boucle est bouclée…

Cam' dans un film

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The Deuce de David Simon et George Pelecanos THE DEUCE – 2017

Genre : série, drame
Une série créée par : David Simon et George Pelecanos
Avec : Maggie Gyllenhaal, James Franco, Gbenga Akinnagbe, Lawrence Gilliard Jr., Margarita Levieva, Emily Meade, Gary Carr, Chris Bauer, Michael Rispoli, Chris Coy, Dominique Fishback…

Pour en savoir plus :
Voir la bande-annonce de la saison 1 de The Deuce
– La fiche technique de la série sur IMDb

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